Marie ou Marie _* s*_ ? Combien de Maries en Une ?
Elles nous regardent toutes.
Femmes de paradis dans des couleurs d'enfer : couleurs chaudes , voire brûlantes dans des décors improbables, c'est à dire qui n'ont pas à être prouvés ; intérieurs cosy ,
forêts où les chaperons se perdent, paysages faussement naïfs où l'on retrouve des maisons de contes de fées ou de crèches de Noël éclairées en plein jour, des collines qui ressemblent à des
bouches ou à des tissus-velours ondulés. Les femmes de Marie occupent tout l'espace de la toile...toile d'araignée où elles attirent le spectateur. Arachnéennes figures, elles étirent et le cou et
les bras et les mains et les ongles. Il y a quelque chose des femmes de l'Antiquité égyptienne dans leurs poses face-profil et dans l'oeil qui nous fixe.
Botero les voulait rondes, Modigliani les voulait maigres mais sans yeux, Marie Inisan , elle, les figure comme des pantins désarticulés mais avec un « oeil dont la
franchise étonne »à la manière de la Vénus noire de Baudelaire. Grands Chaperons Rouges, Eves qui reçoivent la pomme au lieu de la donner . Femmes assises ou debout, femmes seules ou en groupe,
femmes-enfants ou femmes-mères... elles semblent nous regarder tous et surtout les hommes, étrangement absents (si absents qu'ils en deviennent présents Praesentia in absentia .)
Ce sont des visages, cent visages comme autant d'écailles, comme autant de protections, de protections fragiles, de protections qui ne protègent pas. Le visage est nu,
toujours nu; même les lunettes de soleil, au lieu d'être voiles, révèlent au contraire. Le visage est sens à lui tout seul.La vérité d'un homme est dans ce qu'il cache. Visage tête chercheuse ou
tête cherchée, voire recherchée mais pas toujours trouvée, car il faut bien laisser le spectateur résoudre quelques énigmes. Heureusement, car peindre, n'est-ce pas « chercher le visage de ce qui
n'a pas de visage », comme le disait Bram Van Velde?
« Peindre est pour moi un plaisir… Je me passionne pour les regards et les différentes émotions que l’on peut y faire passer. Ce sont essentiellement des regards féminins.
Les couleurs que j’emploie sont des couleurs pures, très peu de mélanges, que je passe en de multiples couches fines. Et peu à peu la couleur monte, s’enrichit et peut changer.
Quant aux silhouettes : longilignes, aux longs cous, aux mains fines et parfois démesurées, je ne sais pas d’où elles viennent… Elles s’imposent à moi tout simplement, elles viennent d’ailleurs,
toujours les mêmes et toujours différentes… »